Manuel, la première belle rencontre

Piscine-hôtel-Palenque-proche-site-archéologique

Manuel : le Wikipédia mexicain !

À la suite de l’averse fédératrice qui nous est tombée dessus à Palenque, Manuel, un mexicain d’une quarantaine d’années, s’est approché de Margot et moi.
Nous étions en train de boire un coup à l’ombre d’un parasol, tandis que lui était entouré de sa famille. Pourquoi s’est-il approché de nous plutôt que d’autres étrangers ? Que nous voulait-il ?
Je dois avouer que son apparence laissait penser à un militaire en mode détente. Il était athlétique, les cheveux très courts, et très volubile avec les mexicains qui entouraient la piscine. Il parlait politique, société, et paraissait avoir un avis assez tranché sur la condition du pays.
Qu’allait-il nous demander ou proposer ?

La bonne surprise !

Je suis toujours méfiant quant aux gens qui s’approchent de nous sans raison. Le passé m’a toujours appris que rares sont les personnes désintéressées. Le premier contact est donc toujours un peu difficile avec moi.
Après s’être présenté, Manuel nous a demandé nos prénoms et notre nationalité. Il nous a demandé la permission de s’asseoir avec nous autour de la table.
En gros, on lui a dit bonjour, il nous a dit le reste ! Dès lors, une discussion folle s’est engagée. Il nous a demandé si nous avions visité le site archéologique et a commencé à nous livrer une infinité d’anecdotes et de précisions sur les lieux. Il semblait intarissable sur le sujet !

Puis la discussion a dévié sur le Mexique en général. Politique, histoire, économie, écologie, tous les sujets y sont passés ! C’était génial. Plus nous avancions, et plus nous comprenions qu’il avait une envie furieuse de partager, d’expliquer, de défendre l’image de son pays qu’il aime tant. Un vrai puits de savoir !
Manuel venait de la région de Tabasco. Une région dont la population est plutôt abandonnée à son sort, et dont les terres sont exploitées par le reste du pays et les Etats-Unis. Il vouait une rancœur féroce à l’égard des « gringos » et de Christophe Collomb ! Il était persuadé que le sort de du Mexique et de l’Amérique latine aurait été bien plus favorable à la population si les choses avaient évolué sans invasion coloniale.

Baisser la garde

Je dois avouer qu’au bout d’un moment, nous avons baissé notre garde pour en profiter, et poser tout un tas de questions. Il n’en demandait pas plus en réalité. Il appréciait qu’on porte un vrai intérêt à ce qu’il était en train de partager avec nous. Manuel n’attendait rien, sinon de nous faire profiter de son savoir et de son expérience.

Une personne en or !

Le thème de l’immigration et de l’exode sud-américain en direction des Etats-Unis le révoltait. C’est alors qu’il nous a parlé de « la Bestia ».
Il s’agit de ce train de marchandises, qui part du Guatemala et qui traverse le Mexique en direction des US. C’est sur ce train que grimpent bon nombre de migrants pour atteindre le fameux « rêve américain ». A l’évocation de cette histoire, la chair de poule hérissait ses bras. Il nous a alors confessé qu’il l’avait déjà vu passer.

Toucher l’horreur du bout du doigt

De nuit, tandis qu’il conduisait, il a été obligé de s’arrêter à l’approche d’un passage à niveau. C’est alors que, dans la nuit, il a vu l’implacable machine, « la Bestia », traverser devant lui. L’émotion s’est alors emparé de lui alors qu’il nous décrivait les silhouettes qu’il avait aperçues sur les wagons de ce train. Il s’agissait de migrants prêts à risquer leur vie pour quitter un pays dont ils n’attendaient plus rien. Il s’est mis à pleurer… Au milieu de ses sanglots, il nous expliquait les risques qu’étaient prêts à endurer ces passagers clandestins pour fuir leur condition.

Attachés à une corde pour se rattraper en cas de chute, ces migrants enduraient un périple de plusieurs jours sous un soleil de plomb. Certains finissaient par tomber en s’endormant. C’est pour cette raison qu’ils s’attachaient à une corde. Beaucoup finissent mutilés, amputés, voire tués. Manuel sanglotait en nous expliquant les sévices et les abus dont étaient victimes ceux qui arrivaient à bon port. Viols, enlèvement, esclavage, les attendaient. Les passeurs sont de vrais bandits sans scrupule, capables d’entasser des dizaines de personnes dans un camion sans aération. Dès qu’un danger les menace, ils abandonnent leur véhicule, laissant les migrants enfermés suffoquer en plein soleil.
Nombreux sont ceux qui n’arrivent nulle part ailleurs que dans leur propre tombe… Manuel était révolté et retourné à l’idée de ses âmes en peine qui n’avaient d’autres recours que de confier leurs vies à ces truands.
Nous nous sentions mal, et à vrai dire, complètement cons. Certes, nous n’y sommes pour rien, mais entendre ce type de témoignage te fait te sentir tout petit, voire même misérable. Ces gens sont prêts à tout pour aider leur famille, au risque d’y laisser leur vie…

Des larmes aux rires

Il s’est excusé de s’être donné en spectacle, mais en même temps, nous avions une boule au ventre à l’évocation de ces horreurs. Personne n’a à s’excuser de souffrir en évoquant la vérité, crue et violente, de faits trop éloignés de notre petite réalité pour en saisir la gravité.
Une chose m’a vraiment marquée. Au-delà de la sincérité de ses propos et de son émotion, c’est le constat, on ne peut plus lucide, qu’il a fait sur la société mexicaine. « Ici, quand tu manges un fruit, fais attention où tu craches les graines ou le noyau ! À tout moment, quand tu repasses, un arbre a poussé ! ». Et c’est vrai. Au Chiapas, le sol est riche et le climat propice à faire pousser quoi que ce soit. Comment la population peut se retrouver si démunie ?

C’est la faute de tous les abus et la corruption qui gangrènent ce pays. Les narcotrafiquants, les pays qui pillent les richesses, le manque d’éducation… Tout est fait pour que le Mexique stagne et soit une ressource pour des instances qui ne le méritent pas !
« Basta con las lagrimas !» (Trêve de larmes !). Manuel a enchainé en nous demandant notre itinéraire. Et il a repris en nous donnant tout un tas de conseils et de destinations que nous devions absolument voir.
Nous avons continué à trinquer, puis il nous a invités à le rejoindre dans un restaurant-dancing-spectacle qui se tenait dans la jungle non-loin de là. C’est ce que nous avons fait le soir venu. Effectivement, le lieu valait le détour ! Concert typique, spectacle de flammes, nourriture locale… Bref, une super soirée pleine de sourires.

Le début du lâcher prise

Je dois particulièrement remercier Manuel pour ce moment passé ensemble. Tant par sa gentillesse, que sa compassion et son érudition, ce gars m’a permis de baisser ma garde et de laisser davantage de place aux échanges et aux gens.
Sa façon désintéressée de partager et de nous éclairer nous a fait un bien fou. Une claque d’humilité, et une bonne dose de culture, voilà ce que j’en retiens.
Donc, même si je doute du fait que tu lises un jour ces lignes, merci Manuel de m’avoir ainsi ouvert les yeux et permis d’aborder le voyage différemment. Tu nous as fait un bien fou. Tu fais partie des rencontres qui changent le cour d’une aventure ou d’un chemin. Grâce à toi, nous sommes pleinement investis dans le voyage, et nous sommes totalement ouverts à ce que l’inattendu peut mettre sur notre route.
C’est ça aussi le voyage. Apprendre des autres, apprendre à les connaître, pour, au final, apprendre à mieux se connaître.
Merci Manuel !

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